Performance
10 000 langages pour en faire un
Description
Comment les forces qui traversent langue nous atteignent, nous déplacent, nous ouvrent, nous détruisent ? Il y a dans la langue humaine, et en particulier dans l’écriture, quelque chose qui échappe au choix, à la maîtrise, à l’organisation des phrases. C'est une matière animale, violente, laide et magnifique. Elle nous dépasse et nous la contenons. Poète, romancière et autrice dramatique — lauréate du prix Goncourt de la poésie 2023 pour l’ensemble de son œuvre — Laura Vazquez s’installe aux Ateliers Berthier pour travailler à trois performances et poursuivre une écriture qui ne cherche pas à expliquer le monde, mais à se jeter dans ce qu’il a de plus obscur, de plus vivant et de plus mortel.
Trois propositions, trois formes distinctes autour de la langue humaine :

Dates
16 - 24 avril 2027
Odéon - Théâtre de l'Europe, Paris
16 - 20 avril 2027 : Le Soleil se couche parce qu'il est lourd
21 - 23 avril 2027 : Le Sentiment de monstre
24 avril 2027 : Je ne sais comment je dure
Crédits
création, texte, mise en scène
Laura Vazquez
production
Odéon - Théâtre de l'Europe
Extrait
je déteste la littérature.
la langue me dégoûte.
je n’aime pas les mots.
je déteste surtout la poésie et le théâtre.
la langue me prend je ne l’aime pas.
je ne suis surtout pas passionnée de littérature.
je déteste les passions et les collections et les sentiments morts.
la langue absorbe 100 000 fois.
elle est le bord visible d’une chose sans nom sans fin.
un bloc de silence entouré de fils qui font des phrases.
je ne comprends rien.
je suis hébétée comme les nourrissons.
je ne sais pas écrire. je déteste écrire.
les nourrissons viennent de naître ils sont propulsés.
je vois le texte quand je lis devant des personnes on me voit le voir.
quand je lis mes textes sur une scène c’est comme si j’ouvrais les veines de la langue je suis là je suis personne je veux être morte et vivante 10 000 fois et quand c’est terminé j’ai honte.
un jour devant d’autres humains.
un être humain est devenu l’humain qui sort de l’humain.
le souffle l’accent la bave le timbre le rythme le son ouvrent le sens les phonèmes le secret des syllabes les silences les répétitions la voix criée chuchotée les aliments qui se transforment en merde dans le corps etc. c’est l’odeur matérielle c’est un animal qui parle et c’est la langue humaine. le théâtre n’est pas imiter le réel.
un théâtre est anormal.
un poème est anormal.
il forme une anomalie.
ce sont des rires et des cicatrices anciens qui parlent.
ils précipitent.
comme des phénomènes de la nature comme les volcans les glaires l’ossature.
un théâtre un poème une littérature font un geste dans la langue humaine.
ils brisent la construction idéologique figée de la langue mondaine.
ils nous font sortir.
au départ pour les humains le théâtre la poésie la littérature sont une médecine.
dire est faire.
la médecine est dangereuse elle peut guérir et peut tuer.
parce que dire est faire.
sous la langue.
se trouvent des strates des sédiments des nappes sans fin sans fin.
les degrés surnaturels sous notre langue par notre langue.
nous pouvons les sentir comme les chiens qui sentent.
et les vivre dans un théâtre un poème un livre vrai.
c’est par 10 000 langages pour en faire un.
venu par les organes. une intelligence.
par les organes.
non pas venu de la pensée.
non pas venu de soi.
l’écriture n’est pas permise.
l’écriture permise sent le cadavre en décomposition.
l’écriture n’est pas permise dans les mécaniques de merde du langage telles que nous les vivons partout.
l’écriture est anormale et excrétoire.
l’écriture est avec les bêtes.
la respiration humaine est animale.
l’écriture n’est pas permise. les écrivain.e.s qui informent d’ailleurs n’écrivent pas. les écrivain.e.s qui parlent pour les malheureux d’ailleurs dégoûtent.
mon opinion dégoûte.
les opinions dégoûtent.
montaigne a écrit la plupart des motifs des troubles du monde sont d’ordre grammatical.
je veux créer les motifs des troubles du monde et les défaire et les baiser, etc.
la personne qui écrit ou dit le texte n’existe pas.
elle n’a pas d’intelligence.
elle n’a pas de pensée.
elle n’est pas cohérente.
elle n’a pas de logique.
elle se méprise en tant que personne.
elle a renoncé à 100% ou rien.
la personne qui dit le texte est absente à 100% ou rien.
c’est l’absence la plus profonde au monde.
à l’univers.
c’est le centre du vide.
le théâtre n’est pas sur la terre.
il disparaît quand il est là.
la poésie n’est pas sur la terre.
elle disparaît quand elle est là.
la littérature n’est pas sur la terre.
elle disparaît quand elle est là.
l’art n’est pas sur la terre.
il disparaît quand il est là.
il dit quelque chose comme oui oui oui oui oui oui oui oui oui oui oui oui oui
oui oui oui oui oui oui oui oui oui oui oui oui
oui oui oui oui oui oui
Description
How do the forces that run through language reach us, move us, open us, destroy us? There is something in human language—and especially in writing—that escapes choice, control, and the organization of sentences. It is an animal matter: violent, ugly, and magnificent. It exceeds us, and yet we contain it.
Poet, novelist, and playwright—recipient of the 2023 Prix Goncourt de la poésie for her body of work—Laura Vazquez takes up residence at the Ateliers Berthier to develop three performances and pursue a form of writing that does not seek to explain the world, but to plunge into what is darkest, most alive, and most mortal within it.
Three proposals, three distinct forms centred on human language:

Dates
16–24 april 2027
Odéon - Théâtre de l'Europe, Paris
16–20 April 2027: Le Soleil se couche parce qu'il est lourd
21–23 April 2027: Le Sentiment de monstre
24 April 2027: Je ne sais comment je dure
Credits
Creation, text and direction
Laura Vazquez
Production
Odéon Théâtre de l'Europe
Excerpt
je déteste la littérature.
la langue me dégoûte.
je n’aime pas les mots.
je déteste surtout la poésie et le théâtre.
la langue me prend je ne l’aime pas.
je ne suis surtout pas passionnée de littérature.
je déteste les passions et les collections et les sentiments morts.
la langue absorbe 100 000 fois.
elle est le bord visible d’une chose sans nom sans fin.
un bloc de silence entouré de fils qui font des phrases.
je ne comprends rien.
je suis hébétée comme les nourrissons.
je ne sais pas écrire. je déteste écrire.
les nourrissons viennent de naître ils sont propulsés.
je vois le texte quand je lis devant des personnes on me voit le voir.
quand je lis mes textes sur une scène c’est comme si j’ouvrais les veines de la langue je suis là je suis personne je veux être morte et vivante 10 000 fois et quand c’est terminé j’ai honte.
un jour devant d’autres humains.
un être humain est devenu l’humain qui sort de l’humain.
le souffle l’accent la bave le timbre le rythme le son ouvrent le sens les phonèmes le secret des syllabes les silences les répétitions la voix criée chuchotée les aliments qui se transforment en merde dans le corps etc. c’est l’odeur matérielle c’est un animal qui parle et c’est la langue humaine. le théâtre n’est pas imiter le réel.
un théâtre est anormal.
un poème est anormal.
il forme une anomalie.
ce sont des rires et des cicatrices anciens qui parlent.
ils précipitent.
comme des phénomènes de la nature comme les volcans les glaires l’ossature.
un théâtre un poème une littérature font un geste dans la langue humaine.
ils brisent la construction idéologique figée de la langue mondaine.
ils nous font sortir.
au départ pour les humains le théâtre la poésie la littérature sont une médecine.
dire est faire.
la médecine est dangereuse elle peut guérir et peut tuer.
parce que dire est faire.
sous la langue.
se trouvent des strates des sédiments des nappes sans fin sans fin.
les degrés surnaturels sous notre langue par notre langue.
nous pouvons les sentir comme les chiens qui sentent.
et les vivre dans un théâtre un poème un livre vrai.
c’est par 10 000 langages pour en faire un.
venu par les organes. une intelligence.
par les organes.
non pas venu de la pensée.
non pas venu de soi.
l’écriture n’est pas permise.
l’écriture permise sent le cadavre en décomposition.
l’écriture n’est pas permise dans les mécaniques de merde du langage telles que nous les vivons partout.
l’écriture est anormale et excrétoire.
l’écriture est avec les bêtes.
la respiration humaine est animale.
l’écriture n’est pas permise. les écrivain.e.s qui informent d’ailleurs n’écrivent pas. les écrivain.e.s qui parlent pour les malheureux d’ailleurs dégoûtent.
mon opinion dégoûte.
les opinions dégoûtent.
montaigne a écrit la plupart des motifs des troubles du monde sont d’ordre grammatical.
je veux créer les motifs des troubles du monde et les défaire et les baiser, etc.
la personne qui écrit ou dit le texte n’existe pas.
elle n’a pas d’intelligence.
elle n’a pas de pensée.
elle n’est pas cohérente.
elle n’a pas de logique.
elle se méprise en tant que personne.
elle a renoncé à 100% ou rien.
la personne qui dit le texte est absente à 100% ou rien.
c’est l’absence la plus profonde au monde.
à l’univers.
c’est le centre du vide.
le théâtre n’est pas sur la terre.
il disparaît quand il est là.
la poésie n’est pas sur la terre.
elle disparaît quand elle est là.
la littérature n’est pas sur la terre.
elle disparaît quand elle est là.
l’art n’est pas sur la terre.
il disparaît quand il est là.
il dit quelque chose comme oui oui oui oui oui oui oui oui oui oui oui oui oui
oui oui oui oui oui oui oui oui oui oui oui oui
oui oui oui oui oui oui